par Jean VEILLEROT

Dennis Johnson a tout connu dans sa carrière. Chaque sentiment, chaque émotion, chaque rôle et chaque statut. Il a toujours su s'adapter à la situation pour le bien de son équipe. Car le mot qui définit le mieux Dennis Johnson, c'est coéquipier. Remballant ses ambitions personnelles au profit de l'intérêt de l'équipe. Comme l'a dit Red Auerbach alors que le maillot de DJ allait rejoindre le plafond du Boston Garden, « il ne faisait pas attention aux stats, tout ce qu'il voulait faire, c'était gagner ».

Au début du show, Dennis Johnson reste dans l'ombre et effectue les sales besognes. En effet, si un autre DJ préfère les serpents, notre Dennis est plus team chien. Mais pas le petit caniche de votre grand-mère qui vient vous lécher les doigts quand vous arrivez. Non, plutôt le pitbull du voisin qui vous aboie dessus pour vous dissuader d'entrer chez lui. Dennis Johnson est un défenseur hors pair, toujours présent pour protéger son territoire. Si vous êtes un guard adverse, vous allez passer un sale quart d'heure. Jusqu'au bouquet final, où les projecteurs se tournent vers DJ, qui soulève les foules tel David Guetta, en balançant des shoots bien clutch. C'est ça Dennis Johnson, un défenseur implacable qui n'hésite pas à prendre les choses en main pour arracher la victoire.

La Californie, terre natale

Johnson est donc un compétiteur prêt à tout pour gagner. Du genre à se jeter sur les spectateurs pour éviter que la balle ne sorte. Combo-guard complet, il est capable de rentrer dans le moule d'une équipe afin d’apporter le maximum à ses coéquipiers. Johnson a su prendre des responsabilités au scoring à Phoenix, avant de devenir le passeur des Celtics et laisser la gonfle aux stars qu'il épaulait. Dennis « Airplane » Johnson prend aussi pas mal de rebonds pour un arrière grâce à sa très bonne détente. Cette qualité lui permet de distribuer de nombreux contres qui ne sont qu'une facette de sa palette défensive. Ses mains rapides, son bon footwork et l'énergie qu'il met pour stopper ses opposants font de lui un excellent défenseur sur l'homme. Son shoot, lui, n'est pas incroyable. Sauf quand sonne les dernières secondes du match. Dans ces instants-là, tout rentre dedans.

En plaisantant, DJ dit que les défauts de son shoot viennent de son père. Papa Johnson a appris à son fiston les rudiments du basket mais n'étant pas un shooteur de qualité, il n'a pas pu donner un bon exemple au petit Dennis. Ce dernier grandit en Californie dans une famille de seize enfants. Il joue au lycée à la Dominguez High School mais ses sneakers ne foulent le parquet qu'une ou deux minutes par rencontre. Une fois la case lycée cochée, DJ est repéré par le coach de Harbor Junior College, séduit par sa défense sur un playground. Durant ses deux ans dans cette université, Johnson passe de 1m75 à 1m93 et tourne à 18,3 points et 12 rebonds par matchs. Il gagne également une compétition universitaire d'État. Malgré ces belles stats, seulement deux universités lui proposent une bourse. DJ choisit Pepperdine et va jouer un an avec les Waves. Dennis met 15,7 points par match et son équipe passe un tour du tournoi NCAA. Ils font ensuite une petite frayeur à UCLA mais finissent par s'incliner. C'est lors de cette rencontre que Dennis Johnson tape dans l’œil des scouts des Sonics.

Mariage à Seattle et divorce tumultueux

Seattle choisit DJ en 29ème position de la Draft 1976. C'est ce qu'on appelle avoir le nez fin. Sa première saison dans l’élite est honorable pour un rookie mais un changement en interne va tout bouleverser pour le Californien. Le coach, Bill Russell quitte son poste à l’intersaison 1977 et Bob Hopkins son adjoint assure l'intérim. Il laisse un bilan de 5 victoires pour 17 défaites au nouveau coach, un certain Lenny Wilkens. Ce dernier donne rapidement une place de titulaire à Dennis Johnson. Seattle se relance dans cette nouvelle configuration et aligne 6 victoires dès l’arrivé de Wilkens aux commandes. DJ est bien entouré avec des joueurs comme Gus Williams, Jack Sikma ou encore Fred Brown mais aucune vraie star ne peuple l’effectif. Seattle finit la saison à la quatrième place de la conférence ouest avec un bilan de 47 victoires pour 35 défaites. Ces valeureux Sonics arrivent jusqu'aux NBA Finals et retrouvent les Washington Bullets. DJ se fait remarquer en claquant 7 contres au match 3, record des Finales NBA pour un guard, et 33 pions au quatrième match. La série se prolonge jusqu'au Game 7 et la catastrophe qui devait arriver arriva. Les Seattle SuperSonics sont défaits tandis que DJ égale un record. Dommage que ce soit celui du plus grand nombre de shoots tentés en un match de playoffs. Sans en rentrer un seul. 0 sur 14, les briques ont plu ce soir-là. Seuls 4 lancers-francs ont franchi l'arceau pour Johnson.

Se relancer après une contre performance pareille peut être difficile. Mais pas pour DJ. La saison suivante, il est sélectionné pour le All Star Game et intègre la All-NBA Defensive First Team. L'équipe toute entière s'est relevée de cette désillusion et Seattle termine en tête de sa conférence. Les Sonics passent les tours de playoffs un à un et atteignent encore une fois les Finales NBA. Pour la deuxième année de suite, Seattle se frotte aux Bullets pour l'ultime bataille. Washington gagne le premier match mais sa joie sera de courte durée. Seattle se déchaîne et remporte les 4 matchs suivants synonyme de titre. Dennis Johnson réalise une très bonne série. Il se signale notamment lors d'un Game 4 à 32 points, 10 rebonds et 4 blocks. Le Ricain est récompensé par le titre de MVP des Finales. On rappelle que le garçon vient juste de passer sa troisième année dans la ligue.

Lors de la saison 1979-1980, Johnson retrouve la All-NBA Defensive First Team et découvre la All-NBA Second Team. La saison est moins productive collectivement. Les Sonics s'arrêtent en finale de conférence face aux Lakers de Kareem Abdul-Jabbar et du jeune Magic Johnson. Des tensions naissent dans le vestiaire des SuperSonics. Elles concernent notre ami Dennis Johnson et son coach, Lenny Wilkens. Malheureusement, cette dissension va coûter sa place à DJ qui sera transféré à Phoenix contre Paul Westphal.

Direction le soleil et les trèfles

Dennis Johnson passera trois saisons chez les Suns. La saison de son arrivée, The Airplaine sera dans le 5 de l'année. Phoenix est au sommet du classement de la conférence ouest mais va choker en playoffs. Pour leur premier tour, les Suns s'inclinent en 7 matchs contre les Kansas City Kings. Avec DJ, l'équipe de l'Arizona ne dépassera jamais le stade des demies de conférence. Le Californien réussit tout de même la saison la plus prolifique de sa carrière au scoring. En 1982, il marque en effet 19,5 puntos par match. Mais le comportement de Dennis n'est pas irréprochable. Il n'aime pas s'entraîner et ne se donne pas à fond lorsqu'il a une chasuble sur le dos. Phoenix le trade à Boston en 1983 contre Rick Robey. Très bon coup pour les Suns, quand on sait que Robey ne tiendra que 3 saisons de plus en NBA.

Suite à ses deux transferts, un doute plane sur la capacité de Johnson à s'insérer paisiblement dans une équipe. Les critiques s’atténuent rapidement car DJ s'intègre parfaitement à Boston. Autour des légendes que sont Larry Bird, Robert Parish, Kevin McHale et j'en passe, la plupart des nouveaux arrivants se demandent s'ils peuvent vraiment prendre des shoots. Dennis n'a pas ce problème. S'il est ouvert, il tire. Surtout dans les moments décisifs. Johnson est bien sûr moins scoreur que lors de son escapade à Phoenix. Son rôle est maintenant de distribuer la balle à ses partenaires.

Le nouveau meneur titulaire des C's joue très intelligemment et sa connexion avec Bird est incroyable. Les deux compères se trouvent les yeux fermés et développent même une action fétiche. Johnson temporise au centre près de la ligne des trois points et sert Bird qui est venu se positionner sous le panier. Peu importe la densité de joueurs présents dans la raquette, la balle atterrit toujours dans les mains du meilleur joueur blanc de l'histoire. Toutes les manières sont bonnes pour réussir ce petit manège. Même réaliser une passe avec la planche en étant juste devant la ligne à trois points. Larry Bird dira d'ailleurs que DJ était l'un des meilleurs coéquipiers qu'il ait eu. Larry Legend ne donnait pas de louanges si facilement. Et connaissant les bestiaux qui ont mouillé le maillot à ses côtés, ce compliment n'est pas à prendre à la légère.

Des Finales à gogo

Il arrive donc à Boston pour une saison 1983-1984 riche en émotions. En effet, les Celtics vont jouer les NBA Finals contre les Lakers. Des Finales mythiques. D'abord pour la rivalité entre Boston et les Purple and Gold mais aussi pour la série en elle-même. Une tension énorme plane sur chaque rencontre. En témoignent le découpage aérien signé McHale sur Curt Rambis ou le coup de fesses de Bird pour envoyer Michael Cooper dans les tribunes. Tout est incroyable. De l'interception de Gerald Henderson pour emmener les Celtics en prolongation au Game 2, au Match 5 appelé le « Heat Game » à cause de la chaleur étouffante régnant au Boston Garden. Kareem Abdul-Jabbar doit prendre un masque à oxygène et l'arbitre fait un malaise à la mi-temps dû aux 36 degrés ambiants. Red Auerbach vient bien entendu placer son grain de sel. Il active l'alarme incendie de l'hôtel des Lakers en pleine nuit. Pour accentuer leur légende, ces Finals 1984 se clôturent sur un Game 7 remporté par Boston.  Dennis Johnson reçoit donc sa deuxième bague, après avoir commencé cette série frustrée. En effet, le coach KC Jones a donné la haute responsabilité de défendre sur Magic à... Gerald Henderson. Dennis ne l'a pas entendu d'une bonne oreille. Mais, par expérience, comprend que se mettre le coach à dos n'est pas une bonne idée. Le numéro 3 garde donc ses remarques pour lui. Prendre son mal en patience fut la bonne décision pour Johnson. Henderson ayant des difficultés à tenir « The Magic Man », ce fut au tour de DJ de s'acquitter de cette tâche à partir du Match 4. Mission très bien remplie par The Airplane.

Notre Dennis Johnson a un rôle très important dans l'équipe de Boston. Pour défendre et distribuer le ballon bien sûr, mais aussi pour faire la différence dans les moments clutchs. Plusieurs exemples marquants peuvent illustrer ce propos. Comme un buzzer beater au Game 4 des finales 1985. Encore une fois face aux Lakers, pour éviter la prolongation. Le titre reviendra à Los Angeles cette année-là. La fin du Match 5 de la finale de conférence 1987 face aux Pistons reste aussi dans les mémoires. Les deux équipes ont deux victoires chacune. Boston doit impérativement l'emporter pour garder l'avantage du terrain. À cinq secondes de la fin, Detroit mène d'un point et obtient une remise en jeu dans son camp. Isiah Thomas s'empresse de l'effectuer. Mais ce futé de Larry Bird intercepte la passe du Bad Boy et trouve Dennis Johnson lancé à toute vitesse vers le panier. Il finit avec un lay-up pour signer la victoire des Celtics.

DJ est All-Star pour la dernière fois de sa carrière en 1985 et remporte le titre avec la légendaire équipe des Celtics de 1986. Après quatre Finales NBA de suite de 84 à 87, Boston baisse en régime. Dennis Johnson prend sa retraite en 1990 à l'âge de 35 ans. Il continue de squatter les bancs de la NBA en tant qu'assistant coach à Boston et aux Clippers. Il sera même entraîneur en chef par intérim pour 24 matchs en 2003. Johnson va ensuite coacher des équipes de D-League (devenue G-League). Mais en 2007, alors qu'il dirigeait un entraînement des Austin Toros, Dennis Johnson décède d'une crise cardiaque à seulement 52 ans. Il est introduit au Hall of Fame en 2010. Gary Johnson, son frère, le représente lors de la cérémonie d'intronisation.

DJ, c'est donc 5 sélections au All-Star Game, 6 apparitions dans la All-NBA Defensive First Team et une dans la All-NBA First Team, 3 titres, un trophée de MVP des Finales et un maillot retiré chez les Celtics. Dennis a gagné toutes ces distinctions sans être un pur scoreur ni un joueur réellement flashy. C'est même plutôt le contraire. The Airplaine était un basketteur de l'ombre qui défiait les lois de la nature.

Dennis Johnson était l'ombre qui agrandissait la lumière autour de lui. Et non l'inverse.